Apprendre à supporter l’incertitude et l’imprévisibilité

La vie implique de prendre des risques pour sa santé. Seuls les morts ne peuvent plus tomber malades! Quand nous sommes en bonne santé, nous préférons ignorer cette réalité. Aussi sommes-nous d’autant plus frappés quand la maladie ou une menace comme le coronavirus nous rattrape. Contrairement aux maladies graves, qui touchent les gens à l’échelle individuelle, cette pandémie nous place dans une situation où tout le monde est concerné dans quasiment tous les pays.

Et contrairement à l’époque de la grippe espagnole, nous pouvons désormais suivre notre évolution réciproque presque en temps réel grâce au développement des médias au cours des dernières décennies. Ainsi, vous pouvez suivre non seulement le nombre de cas au jour le jour dans votre pays, mais dans le monde entier. Vous êtes informé(e) des systèmes de santé qui se trouvent débordés et des endroits où cela entraîne des drames humains. Vous savez quels pays ont adopté quelles mesures de santé publique. Mais vous faites aussi partie d’une société où les uns et les autres ont une manière de composer avec la situation à la fois semblable et personnelle. Les évènements des dernières semaines ont induit des évolutions qui nous paraissent bien étranges. Beaucoup de gens n’auraient jamais pu imaginer ce qui est en train de se produire. C’est le genre de choses qu’on peut voir dans des films catastrophe ou lire dans des romans à suspense, sauf que d’habitude nous sortons du cinéma dans un frisson ou reposons le livre, et tout est fini. Or là, nous ne pouvons pas laisser ce film ou cette histoire derrière nous. C’est en train d’arriver, ici et maintenant, en cette année 2020. 

 

À une première phase d’adaptation succède maintenant, pour beaucoup, une phase d’incertitude. Combien de temps cela va-t-il durer? Les enfants pourront-ils retourner à l’école avant l’été, que sera en cas d'une deuxième vague ? Qu’adviendra-t-il de notre économie? Combien de temps pourrons-nous tenir financièrement? Combien de temps faudra-t-il pour retrouver une certaine stabilité financière? Pouvons-nous faire des projets pour les vacances d’été et d'automne ou seront-elles aussi victimes du virus ou des mesures de protection sanitaire? Ce flou général concernant le calendrier à venir nécessite d’être toujours prêt(e) à s’adapter et à rebondir, et requiert une bonne dose de flexibilité, d’ouverture, et un rapport raisonné à l’incertitude. 

Cette situation est cependant tout sauf inédite. Par nature, nous ne savons jamais ce qui nous arrivera demain et devons depuis toujours nous accommoder de l’incertitude. Seulement, nous n’en avions pas conscience. 

Les expériences existentielles de ce printemps nous affectent à une échelle individuelle, mais aussi au sein des groupes dans lesquels nous évoluons et à l’échelle de notre société. Et les réactions sont multiples. La question que vous devez vous poser n’est pas «Ai-je raison? Suis-je dans le vrai?» mais plutôt «Cette façon de penser ou cette attitude m’aide-t-elle à gérer mes soucis et mes incertitudes?».

Se comparer aux autres

Pour supporter l’incertitude de ce qui va suivre, certains ont tendance à faire des comparaisons. «On est quand même mieux lotis que ceux qui habitent…» ou «Quelqu’un est touché dans la famille X; heureusement que ce n’est pas dans la nôtre.»

Désigner un coupable

Face à l’incertitude, certaines personnes cherchent à établir comment on a pu en arriver là. «Tout ça à cause des mauvaises conditions d’hygiène sur les marchés chinois», «Si le gouvernement avait réagi plus tôt, ça n’aurait pas été aussi grave», ou encore «Tous ceux qui ne sont pas restés chez eux sont responsables de la propagation du virus.»

Feindre l’indifférence ou se barricader

Les mesures de protection destinées à enrayer la propagation du virus ont un tel impact sur nos vies qu’elles nous conduisent immanquablement à nous retrancher entre quatre murs. Mais nous n’avons pas tous la même interprétation de ces mesures. Alors que certains tentent de continuer à mener une vie la plus normale possible, gardent le contact avec leur entourage, continuent même parfois à se serrer la main, d’autres se mettent totalement à l’écart et évitent scrupuleusement tout contact, changent de trottoir pour ne croiser personne et délaissent les magasins alimentaires pour tout commander sur Internet. Ainsi, faire comme si de rien n’était et minimiser la situation peut aussi constituer une stratégie contre l’incertitude, ou une réaction aux mesures qui nous privent en partie de notre autonomie. Même chose pour la réaction inverse, la mise à l’écart.

Cynisme

Depuis le début de la crise du coronavirus, les blagues, bons mots et anecdotes à l’humour noir fleurissent. On a pu entendre, par exemple «La grippe fait des morts tous les ans, maintenant on en aura un peu plus à cause du coronavirus», «Le coronavirus équilibre les comptes des caisses de prévoyance vieillesse». Ces déclarations sont très irritantes, cyniques et inacceptables. On observe cette forme de cynisme chez certaines personnes face à toutes les difficultés de la vie. Elle les aide probablement à prendre une certaine distance intérieure.

Accumuler les connaissances et établir des pronostics

Pour gérer l’incertitude, beaucoup de personnes ont entrepris de suivre de près la situation dans les médias. Le fait de savoir procure un point d’ancrage, un axe, un sentiment de maîtrise, et peut aider certains à trouver leur chemin personnel (mais n’offre parfois qu’un soulagement de courte durée, comme nous l’avons vu avec l’exemple de Carina). Faire des pronostics a le mérite d’ouvrir une perspective mais rien ne permet, au moment où on les énonce, de vérifier s’ils finiront par se réaliser.

Optimisme et humour

On observe chez de nombreuses personnes une forme d’optimisme et d’humour. Dans cette catégorie, les gens ont l’intime conviction que tout finira par s’arranger, que c’est une période très difficile, mais que nous parviendrons à la surmonter ensemble, et que le respect des règles finira par payer.

Soutien et solidarité

Chaque jour nous donne l’illustration magistrale que cette crise mondiale peut rapprocher les gens. Nous sommes tous confrontés aux mêmes défis de retrouver nos marques et de nous organiser dans un quotidien totalement bouleversé. On a pu voir des initiatives pour faire garder les enfants ou pour livrer des provisions aux personnes des groupes à risque. Cette façon de se serrer les coudes révèle une empathie réciproque, redonne courage, fera date et, bien loin d’éloigner les gens, les rassemble. Donner et recevoir font désormais partie de la vie en société, à un niveau tout à fait fondamental des relations humaines, étant donné que la majorité des services qui nous en détournent habituellement sont fermés.

Acceptation 

Beaucoup de gens parviennent aussi à s’habituer assez rapidement à leurs nouvelles conditions de vie. Des remarques comme «C’est comme ça, de toute façon, alors tâchons d’en tirer le meilleur» ou «Pourquoi s’énerver? Ça ne changera pas ma situation, si ce n’est que je serai énervé(e) en plus d’être limité(e)», révèlent une acceptation manifeste. De même, l’acceptation de tous les sentiments et pensées pénibles et la capacité à les considérer simplement au moment où ils surviennent, puis à les laisser repartir, constituent une forme d’acceptation.

Saisir l’opportunité de la crise

La situation actuelle engage certaines personnes dans un processus de réorientation ou de reconversion. Songez à cette femme qui profite de son temps libre tant qu’elle ne peut plus exercer son activité pour apprendre l’italien et se donner les meilleures chances sur le marché du travail. Les restrictions de la mobilité et le recul de la production sont une bonne chose pour la menace climatique. Alors qu’il a longtemps semblé presque inconcevable de réduire notre consommation et nos déplacements pour le bien du climat, voilà que c’est devenu une réalité en l’espace de quelques semaines! De plus, savoir apprécier de se retrouver en famille, d’avoir soudain le temps de partager les repas et s’apercevoir qu’avec moins, on peut finalement vivre plus, témoigne d’un renversement des contraintes que nous imposent les mesures prises dans le cadre de la pandémie.

Vous reconnaissez-vous sur certains points? Qu’est-ce qui vous parle? Qu’est-ce qui emporte votre adhésion? Y a-t-il des catégories de réactions auxquelles vous aimeriez accorder plus d’attention afin de dominer vos incertitudes et vos peurs?​

Dans la prochaine partie, Je fais le point sur mes valeurs, nous vous invitons à réfléchir à ce qui compte vraiment pour vous dans la vie. Nous vous offrons une opportunité de choisir en toute conscience vos priorités dans la vie.

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